Lors de la campagne présidentielle de mars 2024, le duo d’opposition Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko avait promis une politique de rupture, tant sur le plan intérieur que dans les relations internationales. Porté par un discours néo-souverainiste et néo-panafricaniste, le nouveau pouvoir sénégalais entendait redéfinir la place du pays sur l’échiquier mondial.
Plus d’un an plus tard, le bilan diplomatique montre une réalité plus nuancée : entre gestes forts et continuité historique.
Des décisions symboliques : retrait des troupes françaises et rapprochement avec l’AES
Parmi les mesures marquantes, le retrait définitif des militaires français du Sénégal est prévu pour juillet 2025. Une décision inédite, absente de l’agenda du président Macky Sall. Cette annonce a coïncidé avec la dénonciation par le Tchad de ses accords de défense avec la France, un timing perçu négativement à Paris.
Le gouvernement Diomaye Faye – Sonko a également intensifié ses relations avec l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Niger, le Burkina Faso et le Mali.
En mai 2025, Ousmane Sonko s’est rendu au Burkina Faso, affichant un discours critique envers la Cédéao et réaffirmant la solidarité sénégalaise avec ses partenaires de l’AES.
Quelques jours auparavant, le ministre sénégalais des Forces armées avait visité le Niger pour renforcer la coopération sécuritaire.
Une diplomatie enracinée dans la tradition sénégalaise
Malgré ces signaux de rupture, les fondamentaux de la diplomatie sénégalaise demeurent :
- Multilatéralisme actif
- Dialogue et bon voisinage
- Diversification des partenariats stratégiques
Les relations avec la France connaissent une inflexion plutôt qu’une rupture brutale. En juin 2025, une délégation parlementaire sénégalaise s’est rendue en France pour la première fois depuis 2013. Amadou Ba, cadre du Pastef, a résumé cette approche :
Nous voulons une rupture profonde et ambitieuse avec la France, mais pas une rupture brutale.
Le multilatéralisme, pilier de la politique étrangère sénégalaise
Depuis l’indépendance en 1960, le Sénégal joue un rôle actif dans les instances internationales. Des personnalités comme Ahmadou Mahtar Mbow (UNESCO), Jacques Diouf (FAO) ou Abdou Diouf (OIF) ont marqué cette tradition.
En juillet 2025, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement à Séville, le président Diomaye Faye a plaidé pour une meilleure intégration des États africains dans les institutions financières internationales, poursuivant la ligne de Macky Sall à l’Union africaine.
Un équilibre diplomatique subtil
La politique étrangère sénégalaise se distingue par sa capacité à maintenir des liens avec des acteurs aux positions opposées :
- Corée du Nord et Corée du Sud
- Palestine et Israël
- Maroc, Algérie et Mauritanie sur le dossier du Sahara occidental
Cette stratégie de dialogue, parfois mise à l’épreuve (comme dans le cas des relations avec Taïwan et la Chine), illustre une volonté de flexibilité diplomatique.
Diversification des alliances et ouverture vers les BRICS+
Historiquement perçu comme un allié privilégié de la France, le Sénégal explore depuis longtemps des partenariats alternatifs. Déjà dans les années 1960, Mamadou Dia et Léopold Sédar Senghor cherchaient à élargir les relations internationales du pays.
Aujourd’hui, la Chine est le premier partenaire commercial du Sénégal, devant la France, suivie par l’Inde et la Turquie. L’adhésion potentielle aux BRICS+ témoigne de cette volonté de diversification.
Rupture ou continuité ?
Jamais frappé par un coup d’État depuis l’indépendance, le Sénégal reste un modèle de stabilité institutionnelle. La rupture affichée par le régime Diomaye Faye est réelle dans certains domaines intérieurs, mais, en matière diplomatique, elle se traduit surtout par une inflexion et une banalisation des relations avec la France, désormais replacées parmi d’autres partenariats stratégiques.